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BRUXELLES D'ANTAN, D'AUJOURD'HUI ET DE DEMAIN
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vendredi 1 avril 2016

Les auteurs des attentats terroristes perpétrés à Bruxelles le 22 mars 2016 - Ibrahim El Bakraoui



Ibrahim El Bakraoui
Né à Laeken le 9 octobre 1986 - 29 ans
Nationalité belge

Ibrahim El Bakroui a été formellement identifié comme étant l'un des deux kamikazes de l'attentat terroriste perpétré à Brussels Airport le mardi 22 mars 2016. 

Enfance & Adolescence
Le père El Bakraoui naît en France où ses parents, kabyles natifs du Rif marocain, sont venus travailler dans les mines du Nord. Au milieu des années soixante, la famille déménage et  s’installe en Belgique. Il passe sa jeunesse dans le centre de Bruxelles, à côté du Petit Château, suit une formation de boucher, se marie et ouvre sa propre boucherie rue du Pavillon à Schaerbeek. Le commerce prospère et permet aux parents d'acheter une maison, rue Wautier à Laeken, où leurs trois enfants grandissent. Les fils El Bakraoui sont inscrits à l'école communale primaire du quartier en laissant le souvenir de n'avoir été "ni bons, ni mauvais élèves". Les choses se gâtent par la suite : en plein décrochage scolaire, ils traînent à la rue et "font les quatre cent coups avec leurs potes de Laeken". Des copains plus âgés entraînent les gamins dans leurs virées foireuses et les initient au vol d'autoradios qui sont revendus dans les cafés deux rues plus loin. Au début des années 2000, la fermeture forcée de la boucherie familiale n'arrange rien. D'ores et déjà plongés dans la petite délinquance, Ibrahim et Kahalid vont basculer petit à petit dans le grand banditisme…

Lire l'intéressante enquête de voisinage réalisée dans le quartier par la journaliste Elsa Vigoureux
2010

30 janvier 2010 - Un braquage raté qui tourne mal
Samedi matin vers 9H30, une patrouille de police surprend trois individus en train de commettre un hold-up dans une agence Western Union située sur le boulevard Adolphe Max. Prenant la fuite à bord d'une Golf, sans avoir pu emporter le moindre butin, ils sont aussitôt pris en chasse. Munis d'armes de guerre, les braqueurs tirent une première fois sur les policiers à hauteur de la place Rogier puis rouvrent le feu sur une deuxième patrouille de la brigade anti-agression postée chaussée d'Anvers pour bloquer les fuyards. Un des agents de police est touché à trois reprises à la jambe droite et est transporté en urgence à l'hôpital. Arrivés sur le pont de Laeken, les fugitifs entrent en collision avec un autre véhicule, s'enfuient à pied et se réfugient dans une habitation de la rue Wautier. Le quartier est entièrement bouclé par les services spéciaux de la police fédérale avec des snipers sur les toits et l'appui d'un hélicoptère. Une trentaine de personnes sont embarquées pour être interrogées et trois suspects correspondant aux signalements sont placés en garde à vue. La police retrouve plusieurs armes dans la cave de l'immeuble, dont deux kalachnikovs. Des analyses ADN, effectuées sur base des traces retrouvées dans la Golf et sur les armes utilisées, confirment l'identité des trois braqueurs dont Ibrahim El Bakraoui qui reconnaîtra avoir tiré sur les policiers. 

30 septembre 2010
Huit mois plus tard, Ibrahim El Bakraoui est condamné à 9 ans de prison ferme.

2010 - 2014
Les  années passées en prison.

2014

20 octobre 2014
Sur base d'un rapport de "suivi psychologique" positif et malgré l'avis défavorable du directeur de la prison qui l'héberge (?), le TAP (Tribunal d'application des peines) accorde la libération conditionnelle, à Ibrahim El Bakraoui. Il est cependant soumis à certaines contraintes : il a l'obligation de se présenter chaque mois à un rendez-vous avec son assistant de justice chargé du suivi de sa réinsertion et il aurait été autorisé à voyager à l'étranger pour autant que la durée de son séjour "hors frontières"soit inférieur à un mois (Information reprise par plusieurs médias sérieux dont le journal "Le Monde" mais restant à vérifier).
"Le dossier transmis aux Maisons de Justice à son sujet est celui d’un criminel de droit commun, dans lequel aucun lien n’est fait avec du terrorisme ou du radicalisme. Les conditions posées à sa liberté conditionnelle s’inscrivaient dans une guidance classique : faire la preuve d’une recherche d’emploi ou de formation en vue de sa réinsertion, ne plus se rendre dans certains lieux, ne plus avoir de contacts avec d’anciens complices…" (Source Rachid Madrane - Ministre des Maisons de Justice - Fédération Wallonie-Bruxelles)

Commentaire : 
Il faut savoir que, depuis la sixième réforme de l'État, les "Maisons de Justice" ne dépendent plus du niveau fédéral (Ministère de la Justice) mais bien de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour la communauté francophone. En Flandre, c'est encore différent, elles dépendent du gouvernement régional (La "Communauté flamande" et la "Région flamande" ayant fusionné depuis bien longtemps). Il y a donc un ministre fédéral de la Justice + 2 ministres en charge des "Maisons de Justice", l'un au niveau "communautaire", l'autre au niveau "régional" (Vive la Belgique !!!). Un morcellement des compétences qui complique sans doute encore davantage la transmission des informations relatives aux comportements des individus bénéficiant d'une libération anticipée.

Questions citoyennes :
  • Pourquoi n'a-t-on pas pris en compte les arguments avancés à l'époque par le directeur de la prison pour s'opposer à sa libération ? Quels étaient les éléments défavorables qui étayaient ce rapport ? Le risque potentiel de radicalisation en prison y était-il mentionné (ou pas) ?
  • Si cette information se vérifie, comment comprendre qu'on octroie la liberté de voyager à l'étranger durant plusieurs semaines à un condamné placé en liberté conditionnelle (tout particulièrement au cours de la première année) ? N'est-ce pas faire preuve d'une grande naïveté et lui offrir une belle opportunité de disparaître définitivement de la circulation ? Lui avait-on retiré son passeport (ou pas) ?

2015 
L'année de tous les "couacs" accumulés

De janvier à juin 2015
Au cours des 5 premiers mois, l'ex-détenu joue le jeu (ou donne le change) et respecte les conditions de sa libération conditionnelle.
"Il a l'intention d'ouvrir un magasin à Bruxelles et souhaite apprendre l’arabe pour faire des affaires avec l’étranger" (Source : Le Monde). 
"L’assistant de justice rencontre très régulièrement Ibrahim El Bakraoui, jusqu'au 19 mai 2015 mais il ne se rend plus aux deux convocations suivantes du mois de juin et ne justifie pas ses absences." (Source : Rachid Madrane - Ministre des Maisons de Justice - Fédération Wallonie-Bruxelles)

11 juin 2015 - Turquie
La police turque procède à l'arrestation du citoyen belge Ibrahim El Bakraoui à Gaziantep, ville bien connue pour être une zone de transit privilégiée par les candidats djihadistes qui vont passer en Syrie ou en reviennent.

26 juin 2015 - Turquie
L'officier de liaison de la police fédérale belge à Istanbul est informé de cette arrestation par les autorités turques.

29 juin 2015 - Turquie - Belgique
Trois jours plus tard, l'officier de liaison transmet l'information à la DJSOC (Direction centrale de la lutte contre la criminalité grave et organisée de la police, dont relève la cellule "terrorisme") en requérant des informations complémentaires sur l'individu. Celle-ci l'informe du passé criminel de l'intéressé, connu pour des faits de banditisme, et souhaite connaître les motifs de son interpellation (?!). 
Même s'il avait été arrêté pour un simple vol de tapis tissés à la main (C'est la spécialité locale...), le simple fait de le retrouver subitement à la frontière turco-syrienne aurait dû suffire pour tirer la sonnette d'alarme et motiver une demande d'extradition vers la Belgique. Malheureusement, personne n'a tiré parti de cette improbable "coup de chance" qui aurait pu permettre de mettre la main au collet d'un individu qui était de toute évidence "en cavale" avec la volonté de rejoindre le groupe terroriste DAESH (Gaziantep n'est pas vraiment un lieu de villégiature touristique, a fortiori pour un ex-taulard en liberté conditionnelle).
On notera au passage qu'il n'y a qu'un seul officier de liaison de la police fédérale détaché auprès de l'ambassade belge en Turquie (avec une secrétaire à sa disposition). On sait pourtant depuis plusieurs années que les jeunes belges musulmans radicalisés passent quasiment tous par là pour rejoindre la Syrie et que c'est un problème crucial à gérer.

Questions citoyennes :
  • A ce stade, la responsabilité de la DJSOC dans l'absence de réaction adéquate n'est-elle pas nettement plus engagée que celle de l'officier de liaison mis en cause par le ministre de l'Intérieur ? L'officier de liaison a-t-il été correctement informé que le citoyen belge arrêté en Turquie était en liberté conditionnelle ? Un service de police fédéral pouvait-il ignorer cette situation, effective depuis la fin du mois d'octobre 2014 ?
  • Le passé criminel de l'individu et le fait qu'il était en liberté conditionnelle n'imposait-il pas de relayer au plus vite l'information de son arrestation en Turquie vers un juge d'instruction pour obtenir un mandat d'arrêt international dans les plus brefs délais ?

2 juillet 2015 - Bruxelles
"Conformément à la procédure, le 2 juillet 2015, l’assistant de justice informe le Tribunal d’Application des Peines des deux absences successives du justiciable et du fait qu’il ne fournit pas de preuves de sa réinsertion (?!). L’assistant de justice indique au TAP qu’il attend dès lors des instructions de sa part. Ensuite, et bien que la guidance soit interrompue de facto, l’assistant de justice continue, comme pour tout dossier, à tenter à plusieurs reprises d’entrer en contact avec le justiciable." (Source : Rachid Madrane - Ministre des Maisons de Justice - Fédération Wallonie-Bruxelles) 
Faute d'un relai efficace de l'information entre la DJSOC et le département de la Justice, le TAP n'a pas du tout été mis au courant que le "libéré sous conditions", placé sous sa responsabilité juridique, a été arrêté en Turquie trois semaines plus tôt.

14 juillet 2015 - Turquie - Belgique - Pays-Bas
Par une simple note déposée sur leur portails respectifs une demi-heure avant l'expulsion (?!), la police turque informe les ambassades belge et néerlandaise à Ankara qu'Ibrahim El Bakraoui va être mis dans un avion à destination d'Amsterdam.
L'information ne serait remontée vers Bruxelles que six jours plus tard.
Les autorités turques lui ont apparemment "laisser le choix" entre un vol vers la Belgique et un vol vers les Pays-Bas d'où il était parti. Le lendemain, l'officier de liaison en Turquie apprend au cours d'une réunion que l'homme a été arrêté pour des faits en lien avec le terrorisme mais qu'il doit poser une question écrite pour en savoir plus. Il le fait par courriel cinq jours plus tard sans recevoir de réponse immédiate. 
Huit mois plus tard (29 mars 2016), le ministre de la Justice  des Pays-Bas déclare :  "Les Turcs ont bien prévenu les Pays-Bas de l'expulsion, mais l'information est passée inaperçue. De plus, Ibrahim El Bakraoui n'était pas enregistré dans les systèmes de recherche internationaux. Depuis l'aéroport de Schiphol, il a dès lors pu continuer son chemin. J'ignore quand il a quitté le territoire néerlandais, combien de temps il y est resté et quand il est arrivé en Belgique".

Coïncidence troublante...
C'est justement au cours de l'été 1015 que le ministère néerlandais de la Sécurité et de la Justice supprime le poste d'officier de liaison au sein de son ambassade en Belgique. Ce dernier est en charge de coordonner la communication des informations policières et judiciaires entre nos deux pays mais, selon le ministère néerlandais, "la décision de supprimer cette fonction est intervenue étant donné que les contacts entre la Belgique et les Pays-Bas s'effectuaient sans accroc" (?!). Il n'y a donc visiblement pas qu'en Belgique qu'on fait des économies de bout de chandelle en matière de sécurité.

29 juillet 2015 - Bruxelles
L’assistant de justice est informé de la fixation de l’audience du TAP au 18 août. 

6 août 2015 - Bruxelles
L'assistant de justice informe une nouvelle fois le TAP que le justiciable ne s’est toujours pas signalé et reste injoignable. Et pour cause…sa présence et son arrestation à la frontière turco-syrienne ont été signalées aux services de la police fédérale (DJSOC) dès le 29 juin.

21 août 2015 - Bruxelles
Alors qu'Ibrahim El Bakroui a "officiellement" disparu de la circulation depuis sept semaines (manquements à ses obligations et absence de tout contact signalés par son assistant de justice dès le 2 juillet), le Tribunal d'Application des Peines prononce (enfin…) la révocation de sa liberté conditionnelle.  Il est donc censé retourner immédiatement en prison pour purger le restant de sa peine d'emprisonnement. 
Sauf que… 8 semaines après la confirmation de son arrestation à la frontière turco-syrienne et 6 semaines après son expulsion de Turquie vers les Pays-Bas, le département de la Justice reste manifestement toujours dans l'ignorance complète des faits. Aucun mandat d'arrêt international n'est lancé pour rattraper le fugitif, alors que, sans être devin, il y'avait quand même une forte probabilité qu'il ait quitté la Belgique depuis le mois de juin.

Questions citoyennes :
  • Doit-on s'accommoder du fait qu'un délai de près de deux mois s'écoule entre le signalement officiel de la disparition d'un ex-détenu et la révocation de sa liberté conditionnelle ? Ce délai s'inscrit-il dans les normes habituelles en vigueur ou est-il imputable aux longues vacances judiciaires ? 
  • Un individu en liberté conditionnelle qui disparaît brusquement dans la nature ne devrait-il pas être immédiatement considéré comme étant de facto "en cavale" et susceptible de commettre d'autres délits ? 
  • Si on ne veut pas lui donner toutes les chances de quitter le territoire belge en toute tranquillité et d'échapper à la justice, la procédure ne devrait-elle pas être simplifiée, raccourcie et associée d'office à l'émission d'un mandat d'arrêt ?

25 septembre 2015 - États-Unis  
L'agence américaine de renseignement inscrit Ibrahim El Bakraoui sur sa liste de personnes radicalisées à surveiller (terroristes potentiels).
Six mois plus tard, jour pour jour (25/03/2016), le ministre de la Justice Koen Geens confirme pourtant devant la commission parlementaire que les frères El Bakraoui n'étaient  "jusqu'à présent" toujours pas repris sur la liste de l'OCAM.

Question citoyenne : 
  • Faut-il en déduire que les services de renseignements américains sont plus efficaces que nos propres services de sécurité pour identifier les citoyens belges potentiellement dangereux ? Cela confirme en tout cas qu'il y a beaucoup trop de listes différentes de "personnes à surveiller" en circulation et que leur interconnexion est loin d'être performante.

2016 - Épilogue 

15 mars 2016 - Belgique - France
Dans le cadre de l'enquête sur les attentats de Paris (des policiers français participent à l'intervention), une perquisition est effectuée  dans un appartement présumé "vide" à Forest. En réalité, il est occupé par trois individus. L'un d'entre eux tire sur les forces de l'ordre pour couvrir la fuite de ses comparses  et blesse légèrement quatre policiers avant d'être abattu. Le terroriste tué dans l'opération s'avère être Mohamed Belkaïd, un algérien de 35 ans rentré illégalement en Belgique au mois de septembre 2015 en compagnie de Nijam Laachraoui (le deuxième kamikaze de l'attentat à Brussels Airport qui faisait l'objet d'un mandat d'arrêt international depuis le mois de mars 2014). Les deux fugitifs ne sont pas identifiés mais on parle à ce moment-là des frères El Bakraoui ou de Salah Abdeslam et d'un inconnu

16 mars 2016 - États-Unis - Pays-Bas
Le FBI transmet des informations sur les antécédents criminels, radicaux et extrémistes d'Ibrahim et Khalid El Bakraoui à la police néerlandaise.

17 mars 2016 - Pays-Bas - Belgique
Un contact direct aurait  été établi entre les services de police des Pays-Bas et de la Belgique dès le lendemain (Source : Ard van der Steur, ministre néerlandais de la Justice, en réponse à 166 question devant la Chambre des représentants à La Haye - Mardi 29 mars 2016).
De son côté, la police judiciaire fédérale belge affirme n'avoir reçu aucune information concernant les frères El Bakraoui des services de renseignement américains le 16 mars. Par contre, elle confirme qu'il y a bien eu une visite de travail d'un membre de la police néerlandaise le 17 mars mais, lors de cette réunion, aucune communication n'aurait été faite sur l'information livrée à la police des Pays-Bas par le FBI (Source Claude Fontaine, directeur général de la PJF - Mardi 29 mars).

22 mars 2016 - Brussels Airport
Huit jours après la perquisition à Forest, Ibrahim El Bakraouid participe à l'attentat suicide du mardi 22 mars à Bruxelles Airport en déclenchant l'une des deux charges explosives utilisées. 

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